Troubles de stress post-traumatique : guérir en revivant l’événement virtuellement

Larger image C’est dans cet endroit que les patients sont plongés dans un monde virtuel pour les aider surmonter leur traumatisme. Photo - Simon Leblanc, Adsum

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Dans une pièce isolée du Centre de santé Valcartier (CSV), un patient est assis sur une chaise. Il porte des écouteurs et un casque de vision virtuelle. Son thérapeute le plonge dans un univers parallèle pour l’aider à contrôler ses réactions face à l’événement traumatique qui l’habite. Voici Bravemind, le système de réalité virtuelle des Forces armées canadiennes (FAC).

Ce système acquis en 2013 est utilisé pour traiter les troubles post-traumatiques et autres troubles anxieux par une exposition à la réalité virtuelle. Grâce à deux psychologues du CSV, Isabelle Pilote et Christian Portugais, l'Adsum a pu se plonger dans cet univers virtuel et découvrir comment on l’exploite à la Base Valcartier.

Comme si vous y étiez

Bien que le graphisme ne soit pas de la même qualité que celle à laquelle nous a habitués la génération actuelle des consoles de jeux vidéo, l’environnement dans lequel le programme Bravemind plonge le patient est suffisamment réaliste pour lui rappeler ce qu’il a vécu en théâtre.

De la tourelle d’un véhicule blindé léger (VBL) qui circule sur une route afghane, un soldat engage l’ennemi avec sa mitrailleuse. Une odeur de diesel imprègne l’air. Poursuivant sa route, le véhicule roule sur un explosif. La forte détonation et la vibration rappellent un séisme de magnitude élevée. Voilà un des scénarios parmi des centaines d’autres que propose le système de réalité virtuelle aux psychologues du CSV.

«La réalité virtuelle, à mon avis, est un outil prometteur», affirme M. Portugais. Grâce à ces scénarios, qui reproduisent l’environnement, les sensations, le son et les odeurs, Isabelle Pilote et Christian Portugais peuvent faire revivre au patient l’événement traumatique en cause.

Jusqu’ici, seule une dizaine personnes ont suivi la thérapie par exposition à la réalité virtuelle à Valcartier, une forme de thérapie qui est encore au stade précoce. Mme Pilote l’a surtout utilisée comme «outil de finition» dans le processus de réadaptation post-traumatique. «Je m’en suis servi plus à la fin des thérapies parce que notre méthode d’exposition imaginaire peut être suffisante pour activer les déclencheurs chez un patient. La réalité virtuelle apporte une autre dimension à travers le son, les images, les vibrations et les odeurs qu’elle recrée», précise-t-elle.  

La séance de réalité virtuelle est suivie d’une séance de «biofeedback». À l’aide d’une machine branchée sur le corps du patient, la psychologue analyse les réactions physiologiques du patient après son expérience avec le Bravemind : respiration, tension musculaire, rythme cardiaque et réponse électrodermale [variation des caractéristiques électriques de la peau]. La combinaison de ces deux outils a favorisé le rétablissement de plusieurs patients de Mme Pilote qui ont pu reprendre leurs activités au sein de leur unité.  

«Comme on ne peut pas leur dire de retourner à un exercice sans savoir s’ils sont guéris, la réalité virtuelle nous donne l’occasion de tester leurs réactions dans leur milieu de travail», renchérit la psychologue.  

Le contrôle des déclencheurs

L’environnement dans lequel se produit un événement traumatique devient ce que les psychologues appellent un stimulus conditionné. Lorsque la victime est confrontée à une situation lui rappelant l’événement, elle peut réagir fortement. Pourquoi? Une partie de l’explication trouve sa source dans la théorie du conditionnement pavlovien, selon Christian Portugais.

Le médecin russe Ivan Pavlov, décédé en 1936, a réalisé une expérience notoire avec un chien, qui a mené à la théorie du conditionnement pavlovien, mieux connue sous l’expression «chien de Pavlov». Chaque fois que le chercheur sonnait une cloche, il donnait de la nourriture au chien. Ainsi conditionné, le chien en est venu à associer le son de la cloche avec la nourriture. Au point que lorsque Pavlov faisait sonner la cloche (le stimulus) sans donner à manger au chien, celui-ci réagissait instinctivement en salivant.

Il en va un peu de même lorsqu’une personne est exposée à une situation lui rappelant l’événement traumatique vécu. Elle est «conditionnée» à réagir par automatisme de la même façon que si elle était de nouveau plongée dans l’événement traumatique.

M. Portugais précise que la réaction est encore plus forte lorsqu’il s’agit d’une situation hostile et menaçante comme ce qu’ont vécu certains militaires.

Les traitements avec la réalité virtuelle prévoient des éléments déclencheurs qui auront pour effet de provoquer de l’anxiété chez le sujet en lui faisant revivre l’événement traumatique dans ses moindres détails. Au fil du temps, cette méthode contribue à désensibiliser le sujet qui développe une «habituation». Ce terme, employé par les psychologues, désigne une diminution graduelle de l’intensité ou de la fréquence d’apparition des effets des troubles du stress post-traumatique.

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