75 ans du raid de Dieppe : se souvenir du sacrifice

Larger image Des centaines de militaires canadiens perdirent la vie sur la plage de Dieppe, il y a 75 ans de cela.

Par Édouard Dufour, journal Adsum

Alors que la Deuxième Guerre mondiale faisait rage, 5000 Canadiens ont courageusement pris d’assaut Dieppe, plage française lourdement défendue par les forces allemandes. Retour sur le combat mené en ces heures sombres par les militaires canadiens et leurs alliés.

Quand le bataillon débarque sous le feu meurtrier des canons, des mortiers et du tir d’enfilade des mitrailleuses, c’est l’enfer. (…) Au bas des falaises, nous étions à l’abri des tirs de canon et des armes légères, mais vulnérables au tir des mortiers et des grenades lancées du haut», témoigne le sergent-major de compagnie Herménégilde Dussault, dans le cadre du projet Mémoire développé par l’organisme Historica Canada.

Les forces canadiennes ont essuyé de tristes pertes lors de cette périlleuse opération JUBILEE, à Dieppe, le 19 août 1942. En effet, 916 militaires y perdirent la vie, alors que 1946 autres furent faits prisonniers.

«Nous avions deux sensations: la première, c'est de ne pas avoir obtenu tous les objectifs que nous avions à faire et la deuxième, la joie parce qu'on n'était pas mort», rapporte le lieutenant Roland Gravel, membre des Fusiliers Mont-Royal, fait prisonnier par les forces allemandes au terme du raid de Dieppe.

«On travaillait 12 heures par jour (…). Entre prisonniers, nous autres, les relations étaient très bonnes (…). Les gars disaient que nous étions un peu comme des frères», se rappelle Armand Émond, membre de la compagnie C du 14th Army Tank Regiment.

Le combat pour Dieppe s’est également déroulé dans les airs. Il s’agit de la plus grande bataille aérienne livrée par la Royal Air Force durant la Deuxième Guerre mondiale. Les alliés abattirent 48 avions allemands, alors qu’ils en perdirent eux-mêmes 106, incluant 13 avions canadiens.

Erreurs coûteuses

Selon Jeff Noakes, un historien travaillant au Musée de la guerre du Canada, plusieurs facteurs ont joué un rôle important en ce qui a trait aux pertes subies par les Canadiens, ainsi que par leurs alliés britanniques et américains à Dieppe.

«La perte de l’effet de surprise», causée par un retard dans le déroulement du raid, un «manque de soutien de feu par avions et par navires», ainsi qu’une «déficience des analyses d’intelligence militaire de l’époque» auraient contribué à sceller l’issu funeste du combat.

M. Noakes souligne la méconnaissance par les alliés de l’environnement où s’est déroulé le débarquement. En effet, la plage de Dieppe est couverte de galets, ce qui rendit difficiles les déplacements des soldats et des chars d’assaut Mark IV (Churchill) qui furent utilisés.

Bien que les pertes furent considérables et que la majorité des objectifs de l’opération ne furent pas atteints, plusieurs historiens avancent que les leçons apprises à Dieppe ont joué un rôle important dans la réussite des opérations subséquentes, telles que le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944.

Pour l’historien Jeff Noakes, Dieppe est avant tout un rappel que ce type d’opérations de débarquement s’avère à «haut risque» et qu’elles peuvent rapidement se conclure avec de «lourdes conséquences». Il souligne aussi l’importance du «soutien aérien pendant le combat, de l’entraînement et de l’évaluation des armes» avant de livrer bataille.

Marques de reconnaissance

Une majeure partie des Canadiens tombés au combat lors du raid reposent au grand cimetière de Dieppe, en France. Un mémorial d’importance est situé à Newhaven, en Angleterre, tandis qu’une ville du Nouveau-Brunswick et que plusieurs rues canadiennes portent le nom de Dieppe, en l’honneur de ce combat significatif.

Le 75e anniversaire de cet événement sera souligné lors d’une cérémonie au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa. La ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, tiendra aussi une cérémonie commémorative du raid animée par la musique du Corps des cadets de l’Armée.

Le Musée canadien de la guerre proposera quant à lui une exposition spéciale dès le mois d’août. Cette dernière retracera l’histoire de ceux n’ayant pas survécu au raid, ainsi que celle des survivants. Des artefacts d’époque, telsque des effets personnels et des lettres de soldats, seront exposés.

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