Quand l’expérience militaire nourrit l’initiative entrepreneuriale

Larger image Éric Lemay aux côtés de la Simple Pump, «une pompe de village ultra robuste conçue pour desservir en eau les pays en voie de développement».
Par Édouard Dufour, journal Adsum

«Sans les Forces armées canadiennes (FAC), je n’aurais pas ces aptitudes-là», déclare d’entrée de jeu Éric Lemay, fondateur de l’entreprise PlanB Solutions, et militaire retraité cumulant 27 années de service au sein des FAC. L’entrepreneur se donne comme mission de fournir aux gens l’équipement de survie nécessaire, lorsqu’une situation de crise survient.

Avant de se lancer en affaires, Éric Lemay a occupé plusieurs fonctions au sein des FAC. Il a successivement été fantassin, mécanicien et analyste de renseignement. Dans le cadre de son travail, l’ex-militaire a servi en Bosnie, en Syrie et deux fois en Afghanistan. «Beaucoup de concepts et la manière dont je fonctionne proviennent des FAC», explique-t-il.

Le principe du one man, one kit,notion impliquant que chaque soldat ait toujours l’équipement nécessaire sur lui, est au centre de la vision de M. Lemay. «Lors d’opérations, en contexte de contamination chimique, tu n’utilises pas ton propre EpiPen pour sauver ton ami mal en point, mais bien celui qu’il traîne sur lui. Il faut toujours être autonome. C’est ce que je veux appliquer au niveau domiciliaire», explique avec passion Éric Lemay.

La miniaturisation et la robustesse de l’équipement, ainsi que l’économie d’énergie sont d’autres concepts de l’armée qui ont inspiré l’entrepreneur. «La mobilité est très importante. Lorsque j’étais déployé en Afghanistan, certaines missions ne pouvaient pas être accomplies en raison des quantités d’eau trop grandes à transporter», affirme M. Lemay. «Nous sommes chanceux au Canada parce que l’eau est disponible en abondance. Mon système permet d’aller chercher de l’eau dans un fossé sur le bord de la route, de la filtrer et d’assurer sa décontamination. En situation d’urgence, se rendre malade avec de l’eau insalubre est la dernière chose qu’on veut», précise l’entrepreneur.

Ce dernier propose aussi de la nourriture pouvant se conserver pendant 25 ans. M. Lemay explique que les rations des FAC sont grosses et qu’elles peuvent se conserver pendant cinq ans. «Les rations militaires ont l’avantage d’être simplement réchauffées avant de les manger. La nourriture que je propose se conserve plus longtemps, mais nécessite plus d’eau pour la réhydrater.»

Le militaire retraité offre aussi un système de panneaux solaires portatifs pour recharger les téléphones mobiles. «Les génératrices ont une grande vulnérabilité parce qu’elles utilisent de l’essence», relate-t-il.

Prévenir le pire

«Moins les gens se préparent, plus ils risquent de devoir faire appel à l’armée, comme lors de la crise du verglas. Les gens n’avaient alors plus d’eau, plus de nourriture et commençaient à geler», explique Éric Lemay concernant la mission qu’il s’est donnée. Le gouvernement canadien demande à ses citoyens, en situation d’urgence, d’être autonomes pendant 72 heures. «En Allemagne cette autonomie doit être de 10 jours, tandis qu’en Israël le code du bâtiment prévoit l’intégration de provisions de nourriture et d’eau», ajoute M. Lemay.

«C’est une question d’éducation et d’expérience de vie. Les militaires sont généralement plus sensibilisés aux contextes et aux raisons de ma démarche. Ceux qui ont été déployés savent à quoi ressemble une population en détresse, tandis que les civils ne peuvent pas savoir tant qu’ils n’y sont pas eux-mêmes confrontés», témoigne l’entrepreneur. Le service miliaire de M. Lemay l’a outillé pour sa nouvelle passion entrepreneuriale. «La planification de mon entreprise ressemble beaucoup à la préparation des exercices militaires et des plans de contingence. Ma débrouillardise a aussi été développée avec FAC», conclut-il.


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