Simulation d’une menace imminente : un test solide

Larger image Approchant du tireur actif simulé, la concentration des policiers militaires atteint son paroxysme. Des évaluateurs observent la scène à distance.

Par Édouard Dufour, Journal Adsum

La présence d’un tireur actif malveillant, armé d’un fusil C7 et prêt à tout pour parvenir jusqu’au commandant d’une unité, est le scénario sur lequel reposait l’exercice BASTION VERROUILLÉ le 7 novembre à la Base Valcartier. Plusieurs personnes se sont activées en coulisse pour assurer la réussite de cette simulation d’urgence sous haute tension.

C’est dans le plus grand secret et à l’abri des regards, dans les locaux souterrains du «bunker», que les figurants militaires provenant du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment (2 R22eR) ont été informés de leur rôle respectif par l’adjudant-maître Éric Normand, sergent-major de la Base Valcartier. «Pour augmenter le réalisme, les figurants ont appris il y a quelques minutes le rôle qu’ils joueront», indique l’Adjum Normand.

Le mandat de personnifier un tireur actif a été confié au caporal Symon Courtemanche, membre du 2 R22eR. Celui-ci était muni d’une dizaine de chargeurs de balles à blanc.

L’exercice éclair, d’une durée d’environ 20 minutes, se déroulait en deux phases. La première en était une de repérage de l’environnement par le tireur. Ce dernier, habillé en civil, devait infiltrer le 1er Bataillon, Royal 22e Régiment (1 R22eR) sans éveiller les soupçons. Il passait ensuite à l’action en prenant d’assaut l’unité.

Des exercices semblables ont déjà été tenus à la Citadelle de Québec et au Centre des sports de la Base. «On augmente maintenant le niveau de difficulté d’un cran», mentionne l’Adjum Normand, en évoquant le fait que le lieu, le jour et l’heure de l’exercice était cette fois-ci imprévisible.

L’exercice BASTION VERROUILLÉ servait essentiellement à évaluer les aptitudes, en cas d’urgence, de la police militaire (PM) de la Base Valcartier, du bureau du coordonnateur de la Base et de la centrale d’urgence. Le 1 R22eR a aussi eu l’occasion de tester ses différents protocoles d’urgence. «Nous avions un mort, deux hommes en état de choc et des blessés par balles au thorax et à la jambe», précise l’Adjum Normand, au sujet du scénario proposé. «Nous évaluons la vitesse avec laquelle l’information propagée circule.»

Sécurité d’abord

«On ne se le cache pas, il y a des gars qui ont vécu des choses marquantes au combat. On entre avec une arme et on tire des balles à blanc dans l’unité. Voir le tireur et les blessés pourrait s’avérer un élément déclencheur chez certains», signale l’Adjum Normand.

Dans les faits, trois officiers contrôleurs étaient en tout temps près du tireur pour l’assister et l’orienter. L’un d’eux se tenait proche de lui et les deux autres demeuraient à distance. «Si quelqu’un décide de s’en prendre au tireur, les contrôleurs interviendront», ajoute l’Adjum Normand au sujet de l’instinct de défense naturel des militaires entraînés au combat.

«La sécurité de la Base est à niveau. Nous avons de bonnes procédures et le souci de les améliorer constamment. C’est ce qui est le plus important», observe l’Adjum Normand. Il donne l’exemple du nouveau guide des mesures d’urgence qui démontre bien que la sécurité du personnel est une grande préoccupation de la chaîne de commandement.

Blessures réalistes

Le caporal Joël Dupont, technicien médical à la 5e Ambulance de campagne (5 Amb C), est celui à qui l’on doit le réalisme des blessures fictives réalisées aux fins de l’exercice. «On utilise du silicone et de nombreuses plaies artificielles, comme on fait dans les cours de soins avancés au combat qui sont donnés avant un déploiement», explique-t-il.

Ce technicien, qui a pris part aux récents exercices SERPENT INTRÉPIDE et CASTOR INTRÉPIDE, peut préparer jusqu’à une vingtaine de blessures à l’heure. «Nous avons maintenant de nouvelles plaies artificielles. Elles sont alimentées en sang par une pompe reliée à un sac à dos», souligne le Cpl Dupont. «Nous disposons aussi de faux thorax pour faire des décompressions à l’aiguille», ajoute-t-il.

«L’exercice BASTION VERROUILLÉ est très réaliste. Ils préparent le mieux possible les militaires à ce genre de situation», analyse le Cpl Dupont, qui a été déployé en Afghanistan en 2010. «Le réalisme des blessures des simulations nous prépare au pire. Les dégâts réels causés par les engins explosifs improvisés déchirent les membres. On n’est jamais trop préparé à ce genre de chose», conclut le Cpl Dupont.

Communicateurs experts

Dès que la centrale d’urgence de la Base Valcartier a été informée du déclenchement de l’exercice, son gestionnaire, Gervais Langlois, s’est employé rapidement à coordonner les actions de son équipe. «Nous devons aviser les centrales civiles d’urgence, lancer les mesures de confinement, déployer les policiers militaires et fermer les barrières des guérites», explique M. Langlois.

Pendant que l’attaque se déroule, les employés de la centrale font face au bourdonnement incessant des appels qui entrent. Ils doivent recueillir les informations, déterminer les plus pertinentes et les acheminer rapidement aux intervenants sur le terrain. Au cours de la simulation, une information non fondée concernant un deuxième tireur a été analysée et rapidement mise de côté par les spécialistes de la centrale d’urgence.

«Je suis satisfait de notre réaction. Nous avons de petites choses à améliorer, notamment au niveau de la communication radio. Nos gens ont été professionnels, tout en travaillant très fort sur la localisation du tireur, ce qui a permis aux policiers militaires d’enrayer la menace», conclut Gervais Langlois.

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