Le guerrier résilient

Larger image Malgré les embuches, Roland Boutot a servi avec fierté son pays en temps de guerre.

Par Édouard Dufour, Journal Adsum

Le caporal à la retraite Roland Boutot s’est enrôlé dans les Forces armées canadiennes (FAC) en 1951. Alors âgé de 20 ans, le jeune homme s’est rapidement vu plongé en zone de conflit armé, au cœur même de l’éreintante guerre de Corée. Malgré une blessure le plaçant entre la vie et la mort, le vétéran, aujourd’hui âgé de 88 ans, affirme ne conserver «aucun regret» quant à cette expérience.

Roland Boutot avait été enrôlé comme parachutiste. Ses aptitudes au maniement de la carabine ont cependant tôt fait d’attirer l’attention de ses supérieurs et de réorienter sa carrière vers le domaine de l'infanterie. Le 6 janvier 1951, moins d’un mois après son enrôlement, il montait dans le wagon d’un train se dirigeant vers la base américaine de Fort Lewis. «On fatiguait à bord du train. Il fallait constamment garder dans les mains notre carabine et on ne pouvait pas retirer notre uniforme. Il y avait aussi beaucoup de discipline. Je pensais à mes parents», relate M. Boutot, alors membre du peloton 11 de la compagnie D du Royal 22e Régiment.

Après avoir été affecté quelques jours à l’alimentation des fournaises au charbon de la base de Fort Lewis, Roland Boutot a reçu l’annonce de son départ imminent pour la Corée. Alors qu’il croyait y assurer des fonctions de surveillance sur le terrain, ses supérieurs ont plutôt confirmé qu’ils «partaient tous à la guerre». Le jeune militaire et ses camarades ont donc prestement pris le bateau en direction de la Corée. «Il y avait du vent et des vagues épouvantables qui passaient par-dessus le bateau. On pensait crever! Les gars avaient le mal de mer et vomissaient sur le pont», témoigne-t-il, au sujet de cette traversée de 15 jours de l’océan Pacifique.

En zone hostile

De 1950 à 1953, la Corée du Nord, soutenue par l'URSS et la Chine, s’est opposée à la Corée du Sud, appuyée par les États-Unis. À l'issue de ces combats se déroulant dans le cadre de la Guerre froide, la Corée a été scindée en deux, suivant la ligne du 38e parallèle.

Arrivé en Corée, le Cpl Boutot a effectué avec son peloton des patrouilles de reconnaissance à travers les terrains montagneux et accidentés de ce pays, tout en expérimentant l’alternance entre des pluies diluviennes et des pointes de chaleur accablante.

Au cours de sa mission, Roland Boutot a assuré la surveillance d’un prisonnier, tout en évitant de justesse de tomber entre les mains d’une patrouille ennemie. «Un moment donné, il y a eu une grosse bataille dans la montagne. Les tirs de mortier grondaient comme un orage. Le lendemain, quand tout s’est terminé, on a découvert un réseau de tunnels qui passaient en dessous de la montagne. Les ennemis les ont empruntés pour battre en retraite», raconte le vétéran.

Conditions difficiles

Le soir venu, M. Boutot et ses camarades n’avaient pas accès aux tentes militaires traditionnelles. «On s’abritait plutôt dans des tranchées de cinq pieds de profondeur. Il y avait toujours quatre à cinq pouces d’eau, et nos pieds étaient tout le temps humides», commente-t-il. «On mettait notre poncho au-dessus de notre trou. Le silence complet était aussi exigé dans les tranchées», ajoute M. Boutot. Celui-ci s’est lié d’amitié avec l’un de ses frères d’armes. «Mon ami avait mal aux poumons et il était très petit. Il me demandait souvent de l’aider à transporter son équipement. Je traînais sa pelle et ses couvertes en plus de mes choses. Je trouvais ça difficile, mais, dans un autre sens, j’avais un chum à qui je pouvais parler. On s’entraidait!», confie M. Boutot.

Un lourd prix

J’ai nettoyé la carabine de l’officier et ça tire en tabarouette!» Voici les paroles prononcées par un militaire du peloton du Cpl Boutot, quelques secondes avant de faire feu en sa direction et celle de deux autres soldats. «J’ai reçu trois balles dans la hanche. Je me vidais de mon sang et j’ai perdu connaissance. Un hélicoptère est arrivé et j’ai été emmené d’urgence à un hôpital de campagne», se remémore Roland Boutot. Encore à ce jour, il ne sait pas pourquoi son ancien camarade lui a tiré dessus. Soigné d’urgence au Japon, puis dans plusieurs hôpitaux américains, le Cpl Boutot a finalement terminé sa convalescence à Montréal, où il a retrouvé avec bonheur sa famille.

Déclaré invalide suite à la guerre, Roland Boutot est demeuré positif et résilient. Il a d’ailleurs continué de travailler pour l’armée, avant de quitter les Forces en 1958. Il a ensuite travaillé 18 ans pour le compte du ministère de l’Immigration. Ayant accepté qu’il ne pourrait plus jamais courir à cause de sa blessure, le Cpl Boutot n’a cependant jamais arrêté de mordre dans la vie. Il a notamment excellé dans plusieurs compétitions civiles de violon, en plus de participer activement, en tant que vétéran, aux différents événements organisés par les FAC. De nos jours, ce vétéran demeure aussi au fait de l’actualité grâce à ses recherches sur le web.

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