Guerre de Corée : 65e anniversaire de l'armistice

Larger image 65 ans plus tard, les souvenirs de la guerre sont encore bien vivants dans la mémoire du Sdt Jean-René Décarie.

Par Édouard Dufour, Journal Adsum

Le 27 juillet 2018 marquera le 65e anniversaire de l’armistice de la guerre de Corée. Des cérémonies commémoratives auront lieu dans tous les pays ayant pris part à ce conflit, dont au Canada. Pour se souvenir de cette «guerre oubliée», comme elle est souvent surnommée, l’Adsum a rencontré un vétéran, le soldat (ret) Jean René Décarie.

La Corée du Nord, soutenue par l'URSS et la Chine, s’est lancée dans une confrontation brutale, de 1950 à 1953, avec la Corée du Sud. Celle-ci était appuyée par les États-Unis et ses alliés. À l'issue de combats se déroulant dans le climat d’extrême tension qu’était celui de la Guerre froide, la Corée a été scindée en deux.

Le soldat (ret) Jean René Décarie a été déployé dans ce conflit aux ramifications complexes. C’est en septembre 1951, alors qu’il était tout juste âgé de 18 ans, qu’il s’est enrôlé. Une semaine et demie plus tard, «après avoir reçu des vaccins contre le typhus et le choléra», le jeune homme, alors membre de la compagnie D du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment (2 R22eR), a entamé son périple vers la Corée.

Après avoir pris un train en direction de Seattle, le jeune Décarie a amorcé une traversée de 17 jours de l’océan Pacifique à bord d’un navire de guerre américain. L’itinéraire vers la Corée prévoyait un premier arrêt au Japon. Le vétéran se rappelle que «plusieurs étaient malades sur le bateau en raison du mal de mer». Pour sa part, il s’est abstenu de fumer pendant la traversée, tout en mangeant le plus régulièrement possible. Cette longue période sur les eaux a été marquée par une violente tempête avec des «vagues dépassaient la hauteur du bateau», obligeant le navire à bifurquer de sa trajectoire.

Les Canadiens et les Américains ont finalement atteint la ville portuaire de Yokohama, située au sud de Tokyo. S’en est alors suivi un entraînement commando intensif pour le Sdt (ret) Décarie et ses camarades. «Sauter par-dessus une clôture de 10 pieds de haut, ramper dans des trous terreux exigus, traverser une rivière glaciale à la nage et apprendre en vitesse les fondements du combat au corps à corps» représentaient les défis quotidiens imposés aux troupes. À la nuit tombée, les soldats n’avaient accès qu’à une chandelle pour percer l’obscurité. «Le soir, nous accrochions nos vêtements qui étaient complètement détrempés et gelés. Le lendemain, nous les enfilions et marchions cinq miles pour les faire dégeler», se rappelle le vétéran.

Après un mois et demi d’entraînement au Japon, les troupes ont débarqué à Busan, une ville portuaire de la Corée du Sud, d’où elles ont pris le train jusqu’à Séoul. Un camion a ensuite conduit les hommes vers le front.

Défendre la montagne

Les Canadiens avaient le mandat de maintenir coûte que coûte le contrôle de la colline 355, une position stratégique. De ce site, les soldats avaient une vue sur un territoire de la Corée du Sud de plusieurs kilomètres à la ronde. Les Canadiens et les Américains montaient la garde dans des tranchées creusées tout autour de la montagne. Des planches de bois et des sacs de sable faisaient office de toit au-dessus de ces trous humides où les hommes étaient contraints de se réfugier. «Je croyais avoir vu un chat dans l’une des tranchées. On m’a ensuite confirmé que c’était un gros rat», raconte Jean René Décarie.

La défense de l’endroit était aussi assurée par des blindés américains positionnés sur la colline et des mortiers alliés étaient dissimulés sur le flanc arrière.

Affrontements

C’est munis d’un fusil Lee Enfield de calibre .303, produisant une décharge à la fois et pouvant loger dans son chargeur cinq balles, que le Sdt Décarie et ses compagnons sont envoyés au front. Les patrouilles se déroulent exclusivement à la nuit tombée. «Avant ces patrouilles, on nous donnait un verre de rhum pour nous calmer», confie M. Décarie en évoquant ces moments de grande intensité. «On voyait les silhouettes des ennemis qui étaient parfois à quelques dizaines de mètres», se remémore le vétéran. «On avait ensuite l’ordre de tirer tous en même temps», explique-t-il.

Le vétéran, aujourd’hui âgé de 85 ans, est sorti indemne de ces patrouilles. Mais certains de ses camarades ont cependant connu un sort funeste. «Cinq gars jouaient aux cartes au campement quand la montagne 355 a été bombardée. Un obus est tombé directement sur eux et ils sont morts sur le coup. Ils nous ont ensuite fait ramasser leurs restes en nous disant de les placer dans des boîtes en bois», commente Jean René Décarie.

Au cours de sa mission en Corée, le Sdt Décarie a aussi joué un rôle d’observateur pour les blindés alliés situés sur la colline 262, un autre point stratégique d’importance cruciale. Il indiquait où faire feu aux blindés, lorsqu’il détectait les mouvements des troupes nord-coréennes. Ces dernières bénéficiaient d’un réseau élaboré de passages souterrains pour tendre des embuscades et se réfugier au besoin. M. Décarie raconte que les Américains ont eu recours au napalm, une substance visqueuse hautement inflammable à base de pétrole, afin de neutraliser l’ennemi caché dans ces réseaux souterrains. Au cours des derniers mois de son déploiement, M. Décarie a occupé les fonctions de chauffeur pour des militaires sud-coréens. Il devait alors manœuvrer sur «de petites routes bordées par des pentes abruptes».

La fin des combats

Après avoir passé plus d’un an au front, le jeune soldat est revenu au pays. Jean René Décarie s’est par la suite marié et a eu trois enfants. Il a été libéré avec mention honorable en 1960, après avoir été musicien militaire pendant sept ans. Il est ensuite devenu chauffeur d’autobus. Il a pris sa retraite à l’âge de 74 ans, après avoir travaillé comme surintendant d’un complexe domiciliaire de Sainte-Foy.

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