Batisse, un bouc pas comme les autres

Larger image Depuis les huit dernières années, le Cpl Patrick Kègle veille à temps plein à la sécurité et au bien-être de Batisse XIe et de ses futurs successeurs.

Par Édouard Dufour, Journal Adsum

La Citadelle de Québec accueille régulièrement en ses murs Batisse, onzième du nom. Le célèbre bouc est le digne descendant du premier quadrupède offert au Royal 22e Régiment (R22eR)par la reine Élizabeth II. Entrez dans l’univers d’un bouc qui fait la fierté du R22eR et la joie des touristes.

En 2010, après avoir défendu les valeurs de son pays en Bosnie et par deux fois en Afghanistan, le caporal Patrick Kègle a endossé la responsabilité de chevrier-major de la Citadelle de Québec. Ce nouveau mandat convenait bien à ce militaire qui a été blessé au dos lorsque son véhicule a roulé sur une mine en Afghanistan. Il faut dire qu’il détenait également une formation en agriculture.

C’est dans sa ferme située à Saint-Apollinaire que le Cpl Kègle veille sur Batisse, et sur les futurs «Batisse» puisque le régiment doit préparer la relève du bouc en titre actuel. En effet, le R22eR garde un troupeau constitué de 25 chèvres, confié aux soins attentifs de Patrick Kègle. «Les chèvres du Cachemire ont les mêmes besoins que les vaches. Ce n’est pas un animal dont il est difficile de s’occuper, mais il faut être vigilant et lui prodiguer des soins particuliers», explique-t-il. Le maître-chevrier doit donc voir aux blessures, parasites et vaccins, faire l’entretien des sabots et naturellement nourrir le troupeau. Car messieurs les boucs et mesdames les chèvres ont bon appétit. Ils peuvent ingérer entre 1200 et 1500 balles de foin par année.

Le Cpl Kègle affirme que les boucs, moins nombreux que les chèvres, ont un «tempérament prompt» et qu’ils doivent être séparés les uns des autres pour éviter les affrontements. «Ils ont détruit un mur complet de l’écurie il y a deux ans», confie-t-il. Caprice de star?

Car n’oublions pas que Batisse est une vedette qui fait tourner les têtes. En cette qualité, il doit être bichonné avant chaque sortie officielle. Il est brossé quotidiennement et il ne se montre jamais en public sans maquillage, une peinture dorée appliquée sur ses cornes.

Du 24 juin jusqu’à la fête du Travail, Batisse participe tous les jours à la cérémonie de relève de la garde, à la Citadelle de Québec. Cet été, il a pris part aux cérémonies de passation de commandement des 2e et 3e Bataillons du R22eR.

En fonction depuis cinq ans, le placide Batisse observe en tout temps un calme olympien et ne dit jamais non à un «selfie» avec ses admirateurs après les cérémonies. Il s’entraîne en moyenne une heure par jour, et ce, toute l’année durant. Les jeunes boucs qui remplaceront peut-être un jour Batisse ont débuté leur formation à l’âge de deux ans. Selon leur éducateur, «les bêtes pourraient confondre les humains avec leurs semblables si leur formation était amorcée à un âge trop précoce».

«C’est beaucoup de gestion, mais lorsqu’on connaît l’histoire de cet animal, notre travail prend tout son sens (…) Je crois à l’importance des valeurs et des symboles. C’est ce qui rassemble les gens et qui bâtit la fierté. Le régiment a déjà sa propre histoire, mais la présence d’un animal royal y ajoute un côté flamboyant», conclut le chevrier-major Patrick Kègle.

 

Des montagnes tibétaines à la Citadelle de Québec

Le premier bouc à devenir la mascotte d’un régiment fut adopté en 1775 par le Royal Welch, un régiment britannique, lors de la guerre d’indépendance des États-Unis. Après avoir remporté la victoire contre les troupes révolutionnaires dans la bataille de Bunker Hill à Boston, le régiment trouva un bouc sauvage sur le champ de bataille et le prit sous son aile. On racontait que l’animal avait porté chance aux soldats britanniques en s’élançant vers leurs ennemis américains au moment de l’assaut décisif.

En 1884, le Shah de Perse offrit un couple de chèvres du Cachemire à la reine Victoria, en mémoire de la victoire de l’Angleterre à Bunker Hill. Originaires du Tibet, les bêtes devinrent vite l'orgueil des Britanniques. La reine Victoria ordonna que le bouc, ancêtre de Batisse, devienne la mascotte de son régiment. Le troupeau royal fut alors créé et logé au Jardin zoologique de Londres.

L’affiliation en 1927 du R22eR avec le Royal Welch permit au régiment canadien-français d’adopter un bouc de la lignée royale comme mascotte. Ainsi, le samedi 1er octobre 1955, plus de 1100 officiers, sous-officiers et soldats furent rassemblés sur les Plaines d'Abraham pour accueillir Batisse 1er, un cadeau de la reine Élizabeth II.

<< Back to home page