Il traverse 14 états américains à pied

Agrandir l'image Vêtu d’un kilt dont il apprécie le confort en randonnée, Richard Sneddon prend une pause en compagnie de poneys sauvages. Photo - Gracieuseté

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Avant d’entreprendre les 3523 kilomètres du sentier des Appalaches, Richard Sneddon avait affirmé à l’Adsum : «L’échec n’est pas une option». Chose dite, chose faite. Le parcours parsemé d’embûches, les conditions climatiques variables, les douleurs physiques, rien n’aura freiné le désir de vaincre de l’aventurier.

«Je n’ai jamais considéré l’option d’abandonner. Ce n’était pas toujours facile mentalement, mais j’ai trouvé le moyen de rester positif et motivé», raconte l’ancien officier du Royal 22e Régiment (R22eR) qui travaille maintenant comme employé civil pour Calian au Centre de simulation de la 2e Division du Canada.

Richard Sneddon a entrepris son périple le 17 mars dans le parc national de Chattahoochee en Géorgie. C’est là, au sommet du mont Springer, que se trouve le terminus sud du sentier des Appalaches. «Alpenglow», son nom de randonneur donné par sa sœur Laura en raison de ses cheveux roux, aura vu le soleil se coucher 111 fois avant d’atteindre sa destination finale, dans le Maine, le 5 juillet. 

L’homme de 49 ans ne s’est pas lancé dans cette aventure sans une préparation minutieuse. Il s’y est pris un an d’avance pour établir son tracé, ses points de repère et les distances à parcourir entre chaque étape. Fort d’une expérience acquise au fil de nombreuses randonnées, il a pris le temps de bien choisir et de tester l’équipement qu’il transporterait sur lui pendant des mois de marche.

«J’ai beaucoup réfléchi avant mon départ. Une telle expédition représente un énorme défi mental. Si vous n’êtes pas confortable avec votre équipement, ça sera difficile. Dans mon cas, je ne changerais rien. Tout l’équipement que j’ai apporté m’a servi à un moment ou à un autre, et ce, régulièrement», affirme M. Sneddon. En comptant la tente, le sac de couchage, la trousse de premiers soins, l’équipement de randonnée, les vêtements, les rations et l’eau, il portait un chargement de 16 kilogrammes.

Son régime alimentaire, un autre aspect soigneusement planifié, était de 5500 calories par jour. Ce programme alimentaire lui a permis de maintenir la forme nécessaire. Sa sœur, Laura Sneddon, qui demeure aux États-Unis, lui a envoyé des boîtes de rations à trois points d’approvisionnement durant le parcours. Par ailleurs, Richard Sneddon pouvait se réapprovisionner dans les villages avoisinant le sentier des Appalaches.

«Chaque fois que je le pouvais, je sautais sur l’occasion pour manger un repas complet avec de la salade et de la viande. Avec des journées de marche de plus de 50 km, tu dois manger si tu veux tenir le coup. Heureusement, je n’ai jamais manqué de nourriture», précise le randonneur.   

Ses pieds ont souffert

«Chaque journée apportait son lot de douleur physique, et particulièrement aux pieds. Ils ont mangé une volée», raconte «Alpenglow».

Dès les premiers jours, des ampoules sont apparues derrière les talons du marcheur, provoquant une douleur persistante malgré les traitements. D’autres ampoules aux orteils se sont infectées et les impacts répétés avec le sol lui ont fait perdre deux ongles. Des callosités se sont formées sous ses pieds et ont tellement épaissi que la peau craquait et saignait. Vers la fin du périple, ces blessures l’empêchaient de dormir tellement les pulsations étaient fortes. Ses pieds sont restés engourdis pendant plus d’un mois après son retour au Québec.     

Comme s’il n’en avait pas eu assez de ses pieds, la douleur s’est également installée dans le bas de son dos à la suite d’une plaie causée par la friction de son sac.

À cet inconfort se sont ajoutées les conditions climatiques. «C’est la fluctuation de la température qui a été le plus difficile. Il y avait des jours où ça grimpait à 30 degrés Celsius et 12 heures plus tard, il pouvait faire -10 degrés Celsius», relate Richard Sneddon en ajoutant qu’il pouvait parfois marcher sous la pluie pendant plusieurs jours de suite. 

Malgré la douleur, le froid glacial et la chaleur accablante, «Alpenglow» n’a jamais cessé d’avancer. «Il faut dresser une liste des raisons pourquoi on est là et se concentrer sur les bons moments. Par exemple, lorsqu’on monte une pente très à pic et qu’on est fatigué, il faut se dire qu’au sommet il y a une vue à couper le souffle», témoigne-t-il.   

Pas pour les doux

Sur les 14 états américains traversés par le sentier, M. Sneddon a particulièrement aimé ses passages sur le mont Rogers et dans les Grayson Highlands, en Virginie. Malgré la difficulté du secteur, le paysage lui faisait penser à l’Écosse. Des poneys, laissés à eux-mêmes dans la nature, approchent les marcheurs. Le parc national des Great Smoky Mountains, dans les états du Tennessee et de la Caroline du Nord, le chaînon Franconia, dans le New Hampshire, et le mont Saddleback, dans le Maine, sont d’autres endroits qui ont procuré des moments «wow».

Pour avoir droit à ces paysages de carte postale, Richard Sneddon a dû triompher des sections éprouvantes du sentier des Appalaches, tels le secteur nord de la Pennsylvanie et le segment appelé «Rocksylvania», long d’environ 120 km et entièrement composé de roches.  «Ce n’est pas pour les doux. Ce bout du sentier est très exigeant et dur pour les pieds. Tu dois te concentrer à 100 % sur l’endroit où tu te diriges», se rappelle M. Sneddon.

S’il pensait s’en être sorti après ces portions du parcours, c’est parce qu’il n’avait pas encore atteint les montagnes Blanches, une chaîne montagneuse qui recouvre près du quart du New Hampshire et une petite partie du Maine. Un terrain très accidenté, composé de racines et de roches, et parsemé de montées et de descentes très à pic, caractérise cette section qui a donné beaucoup de fil à retordre à l’ancien militaire du R22eR.  

Heureusement qu’il y avait des étapes plus agréables pour le moral, comme les champs cultivés dans le sud de la Pennsylvanie, qui lui permettaient de relaxer et de souffler un peu. «Tu profites de ces moments pour admirer le paysage. C’est encore plus le fun parce que tu n’es pas constamment obligé de faire attention où tu marches», précise-t-il. 

Avoir de la compagnie ou pas

Richard Sneddon ne le cache pas, ça a été très difficile de se séparer de sa femme et ses trois enfants, bien qu’il ait vécu ce genre de situation auparavant dans l’armée. Heureusement, on rencontre d’autres randonneurs sur le sentier des Appalaches. Bien qu’Alpenglow ait apprécié la compagnie de quelques randonneurs, il est rarement resté longtemps à leurs côtés, en raison de sa cadence de marche élevée.

«C’est important de marcher à son rythme et de respecter ses objectifs. Il ne faut pas s’adapter aux autres», avance-t-il. Les humains sont des êtres grégaires. Une randonnée de longue durée en groupe risque d’engendrer de la frustration; un tel est moins rapide, une autre veut s’arrêter pour une pause alors que ses compagnons veulent avancer plus rapidement… Avant de penser à partir avec des amis ou même en couple, il est essentiel de bien connaître les objectifs et les capacités de chacun.

Parfois, la visite arrive sans avoir été invitée, comme cet ours qui rôdait sur le campement de Richard Sneddon à la recherche de nourriture ou cet orignal qui s’est promené autour de sa tente toute une nuit.

Et d’autres fois, la compagnie est chèrement désirée, comme lorsqu’il a eu l’occasion de s’arrêter pour passer un moment avec des membres de sa famille : son frère, en Caroline du Nord, et sa sœur, en Virginie. Sa femme et son fils ont même pris le temps de marcher les derniers kilomètres du mont Katahdin avec lui. Pour M. Sneddon, ces moments étaient particulièrement bienvenus. Ils lui permettaient de décrocher un peu du rythme intensif de la randonnée.

Avec l’aide de sa sœur Laura, il est même retourné au Québec pour deux jours, question de faire une surprise à sa famille à l’occasion de la cérémonie de remise de diplôme de son garçon.

À ceux qui voudraient suivre ses traces, Richard Sneddon dit : «Hike your own hike» (vis ta propre randonnée). Autrement dit, il faut être seul juge de l’équipement qui nous sera nécessaire et marcher selon nos objectifs. On peut assurément demander des conseils, mais on doit garder à l’esprit que ce ne sont pas tous les marcheurs qui ont les mêmes besoins, conclut-il. 

Sentier des Appalaches

- Longe la côte est Américaine

- 3523 kilomètres en 2016

- Environ 3000 personnes tentent l’exploit chaque année

- 25 % des marcheurs complètent le parcours

- Passe par 14 états américains

- Gain et perte en altitude de 141 580

- Comme monter et descendre l’Everest 16 fois

 

 

 

 

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