Familles militaires: Dans la peau d’une conjointe de militaire

Agrandir l'image La famille recomposée de Dominic Mathieu-Pépin et du soldat Dany Blanchette débute son parcours au sein de la communauté militaire. Photo - Simon Leblanc, Adsum

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Elles ne portent pas l’uniforme, mais leur réalité comporte plusieurs points communs avec celle de leur conjoint militaire. Une réalité faite de courage, de dévouement et de camaraderie. Trois femmes de militaires ont accepté de se confier au journal Adsum pendant leur voyage vers Ottawa où elles participaient au pique-nique des familles.

On dit souvent que marier un militaire, c’est se marier à l’armée. Et la vie militaire exige beaucoup de sacrifices de la part de tous les membres de la famille. Pour les conjointes, cela signifie souvent de mettre de côté toute aspiration à une carrière professionnelle au bénéfice de la carrière du conjoint qui dévoue sa vie à la mission des Forces armées canadiennes (FAC).  

«Je ne peux pas décider d’avoir une carrière. Je dois faire une croix là-dessus en raison des fréquents déménagements. Même si je trouve un emploi à mon goût, je sais qu’un autre déplacement risque de m’obliger à le quitter», affirme Annie Larochelle.

Mme Larochelle est mariée depuis 29 ans à un militaire ayant à son actif 27 ans de service. Ils ont un fils aujourd’hui âgé de 21 ans. En matière de déménagement, la famille s’y connaît après cinq affectations au Canada. L’Ouest, l’Ontario, le Québec et les Maritimes leur ont procuré une bonne dose de dépaysement.

Ces transferts entraînent évidemment des répercussions sur la vie familiale. Toutefois, Mme Larochelle affirme qu’elle n’a jamais eu de difficulté à s’adapter. «La journée où j’ai fait une croix sur ma carrière, je me suis axée sur l’aventure. J’ai vu des endroits où je ne serais jamais allée si je n’avais pas marié un militaire. J’ai beaucoup apprécié mes séjours dans les différentes communautés, les autres provinces. J’aime être déstabilisée. C’est un mode de vie très enrichissant, mais ça dépend de chacun», raconte-t-elle.

Bien que son couple soit resté solide au travers des épreuves, il a été séparé à plusieurs reprises par de nombreux exercices et deux déploiements de longue durée. Ça n’a pas toujours été facile pour Mme Larochelle qui se retrouvait souvent seule à la maison avec son fils. «Je dis souvent à la blague que je suis une mère monoparentale avec bénéfices. Toujours seule, mais avec un chèque de paye qui entre aux deux semaines», reconnaît-elle.

En raison des absences répétées du père, Mme Larochelle a développé une relation étroite avec son garçon. Celui-ci trouvait difficile de ne pas voir son père. Plus jeune, il lui arrivait de ne pas reconnaître son papa, ce qui avait un effet dévastateur sur le moral du militaire.  

Heureusement, Annie Larochelle précise que le progrès technologique des années 2000 a mis un peu de baume sur ces absences : «Maintenant, on peut se parler et se voir via l’ordinateur en tout temps. On maintient une connexion».  

De l’aide au CFV et auprès des amies

La plupart des familles militaires ressentent durement l’éloignement de leur famille proche. C’est le cas de Geneviève Trudeau, femme de militaire depuis cinq ans, mère d’un enfant de deux ans et enceinte d’un second. Valcartier est la troisième affectation de la petite famille. Comme ses parents ne vivent pas à proximité, la jeune maman utilise les services du Centre de la famille Valcartier (CFV) le plus souvent possible, comme lorsqu’elle doit faire garder son fils. «Mon gars connaît le CFV par cœur, il dit même bonjour au personnel de la réception en entrant», illustre-t-elle.

Même son de cloche pour Dominic Mathieu-Pépin, dont le conjoint a récemment joint les rangs des FAC. Mère d’une fillette de neuf ans et d’un garçon nouveau-né, elle considère le CFV comme son premier repère en matière d’aide générale. Elle y découvre les services qui sont à sa portée et y voit une façon de s’intégrer au sein de la communauté militaire.

C’est peut-être justement l’éloignement des parents et amis proches qui favorise la naissance de solides amitiés entre les femmes de militaires. Elles se comprennent puisqu’elles vivent les mêmes défis. Cette compréhension est plus difficile à trouver dans le monde civil. «Nous sommes une communauté distincte tissée serrée. Des liens très forts nous unissent», observe Mme Mathieu-Pépin. 

Une reconnaissance pour plus de soutien

Les trois femmes interviewées par l’Adsum sont unanimes : elles souhaitent que les familles militaires soient intégrées dans la prochaine politique de la Défense nationale. À leur avis, cela pourrait améliorer le soutien donné par les Centres des ressources pour les familles militaires (CRFM), si plus de fonds sont disponibles.

Annie Larochelle se rappelle que dans les années 1990, sa famille ne recevait aucune reconnaissance. «J’avais l’impression qu’on faisait partie des biens et meubles des FAC», confie-t-elle.

Entre les hauts et les bas de cette vie pas comme les autres, les trois conjointes s’entendent pour dire que c’est une aventure qui vaut la peine d’être vécue.


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