Le Centre de simulation médicale des Forces armées canadiennes : 15 ans d’innovations au service des militaires

Agrandir l'image Lorsque chaque seconde compte, les militaires ont recours à un vaste arsenal de techniques médicales, afin de sauver des vies.
Par Édouard Dufour

Blessés graves exposés au feu nourri de l’ennemi, prise d'otages et opérations de sauvetage nocturnes en milieu urbain ne sont qu’un mince aperçu des scénarios ultra-réalistes et saisissants élaborés par les experts du Centre de simulation médicale des Forces armées canadiennes (CSM – FAC), seul centre national de ce type en Amérique du Nord.

François Pineault, gestionnaire des opérations d’entraînement du Centre de simulation, agit à titre de commandant du détachement. En tant que conseiller technique, il a assisté à l’évolution de ce centre fondé en 2002. «Depuis l’ouverture du Centre, on a entraîné 8500 personnes. C’est un secret bien gardé à Valcartier!», témoigne celui qui a également servi en Bosnie et en Afghanistan à titre de technicien médical.

Le Centre a été créé par des membres de la 5 e Ambulance de campagne (5 Amb C). C’est en 2004 qu’il a confirmé sa vocation principale avec la mise en place du Programme de maintien des compétences cliniques pour le personnel technicien des services de santé des Forces armées canadiennes.

Dès lors, des centaines de jeunes techniciens en provenance de partout au Canada, après avoir terminé leur formation de base à Borden, sont venus tester leurs habiletés au CSM. Dès que leur passage se conclut par une réussite, ils peuvent passer à la prochaine étape de leur formation. Plusieurs viennent également renouveler la maîtrise de leurs aptitudes, et ce, à tous les deux ans.  

Un test solide

Le coordonnateur n’hésite pas à qualifier de «très intensif» le programme réservé aux techniciens médicaux. «Pendant cinq jours, ils vont pratiquer tous les protocoles déterminés par un groupe de travail d’Ottawa. Tout le champ de leur pratique sera revu. À la fin de la semaine, lorsqu'ils partent, les techniciens peuvent affronter tous les types de scénarios possibles» explique François Pineault.

«Il n’y a pas de théorie, seulement de la pratique. Ils expérimentent près d’une trentaine de scénarios en équipes de trois personnes. Tout est évalué par des instructeurs civils, et chacun des rôles et des prises de décisions sont enregistrés», ajoute le gestionnaire du CSM.  

Les scénarios durent près d’une vingtaine de minutes. Un système de cloches indique le début et la fin de chaque scénario. Ces mises en situation requièrent «une prise de décision rapide», ainsi que le développement d’un «sens du leadership». Les participants doivent prendre des décisions médicales mais aussi opérationnelles.

«Dans une situation particulière, doivent-ils préconiser l’évacuation d’un blessé par hélicoptère ou par véhicule terrestre? On les éveille aussi à ça!», souligne François Pineault.  

Technologie de pointe

Dans l’optique de remplir son mandat, le CSM peut compter sur 16 000 pieds carrés de surface. Il est opérationnel 12 mois par année et comporte trois composantes principales.

La première en est une d’extraction où des scènes vont se dérouler à partir d’une tour de rappel. La deuxième vise l’évacuation de blessés au moyen de véhicules ambulanciers et d’hélicoptères. Des véhicules désuets de l’armée, statiques, sont installés en permanence dans cette deuxième section. La dernière composante est une petite salle d’urgence où des simulateurs humanoïdes sont intégrés.

«On veut recréer les scènes en se rapprochant le plus près possible de la réalité. Ça inclut les contraintes de temps. On produit aussi de la fumée, de la neige et du vent. Nous avons également un système de lumière pour recréer une lune artificielle et une chaîne stéréo de 7000 watts pour recréer les bruits de l’environnement», explique François Pineault.  

Robots futuristes

Outre l'embauche d’acteurs pour jouer les rôles de victimes et l’utilisation de mannequins lourds et peu mobiles, le CSM dispose d’une flotte d'androïdes. Il s’agit de robots qui ne peuvent pas se déplacer, mais qui ont la faculté de reproduire la totalité des fonctions vitales du corps humain. Lorsqu’un opérateur programme une blessure à l’un de ces robots, son corps réagira de la même manière qu’un humain, en réponse aux actions et aux inactions du personnel traitant.

Ces machines sont «bourrées de récepteurs très sensibles». Si un technicien écoute une pulsation cardiaque sur la membrane du robot, cette action sera enregistrée sur un ordinateur. Les nouveaux simulateurs de forme humaine fonctionneront maintenant sans l’aide d’un fil. L’équipe du CSM pourra donc aisément les déplacer, et ce, tout au long d’une simulation.

Bien que la longévité de ces machines soit de sept ans, les opérateurs du CSM, grâce à des normes d’entretien rigoureuses, ont réussi à prolonger leur vie jusqu’à une douzaine d’années. «Nous sommes en attente de la nouvelle flotte. Nous en recevrons cette année entre quatre et six», se réjouit François Pineault.  

Du nouveau

Le CSM dispose actuellement de 18 caméras et d’un puissant système d’éclairage. Ses responsables souhaitent éventuellement augmenter ce nombre à 28. Le réseau de caméras permet de faire des rétroactions auprès des techniciens médicaux. Éventuellement, les instructeurs obtiendront les images sur une tablette électronique. Ils pourront alors souligner directement les éléments à améliorer aux techniciens médicaux mis à l’épreuve. Ce projet en ébauche nécessitera un investissement de l’ordre de 150 000 $.




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