Des militaires du 3 R22eR se préparent pour la jungle

Agrandir l'image Les militaires de la compagnie B du 3 R22eR sélectionnés pour le cours de guerre en jungle devront apprendre à se déplacer furtivement, telles des ombres, dans un environnement à la fois magnifique et périlleux.

Par Édouard Dufour, Journal Adsum

Le mandat national de la compagnie B, du 3e Bataillon, Royal 22e Régiment (3 R22eR), consiste à préparer des combattants élites à mener des missions complexes dans la jungle. Celles-ci se déroulent au cœur d’environnements inhospitaliers où règnent des taux d’humidité accablants, des risques élevés d’infection et une constante menace animale tapie dans l’ombre. Plein feu sur le processus de sélection rigoureux du cours de guerre dans la jungle.

C’est avec les traits du visage contractés par l’effort qu’une dizaine de candidats du 3 R22eR ont entamé les premières épreuves de sélection à la Base Valcartier, tous désireux d’obtenir l’une des rares places disponibles pour cette formation spécialisée. La sélection, qui s’est déroulée du 27 au 29 août, s’adressait aux militaires de la compagnie B possédant au minimum le grade de caporal-chef.

L’instructeur responsable de la sélection, sergent Philipe Paquin-Bénard, a été l’un des deux premiers Canadiens à réussir en 2015 le stage Jaguar international. Cette formation de guerre dans la jungle est orchestrée en Guyane française par la Légion étrangère. Ce corps de l'Armée de terre française s’avère une véritable fierté nationale pour nos cousins. Le Sgt Paquin-Bénard explique que la série d’épreuves qui composent la sélection est directement inspirée des plus hautes normes de performance fixées par les pays offrant le cours de jungle, tels que le Royaume-Uni, la France et le Brésil.

La sélection comporte toujours un grand nombre de pompes, de redressements assis, de squats, de tractions à la barre, ainsi qu’une course de huit kilomètres en bottes de combat devant être complétée en moins de 40 minutes. On demande aussi aux candidats de grimper à deux reprises à un câble suspendu au plafond. Afin de corser le défi, la deuxième tentative doit s’effectuer avec un sac de 4,5 kilogrammes fixé au corps.

Lors de la dernière journée de sélection, les candidats sont dirigés vers la piscine du Centre des sports, où une ultime épreuve les attend. Ils doivent alors nager sans arrêt sur une distance de 400 mètres, le tout en moins de 15 minutes. Pour relever ce défi de plusieurs crans, les candidats portent des bottes de combat. Ils doivent finalement maintenir la tête hors de l’eau en position de nage sur place, pendant 10 minutes, en tenant fermement une arme de combat. «Le test en piscine est très exigeant. Les candidats n’ont pas d’autres options que de le réussir puisque ceux qui n’atteignent pas la norme minimale sont renvoyés par avion au Canada dès leur arrivée au cours», précise le Sgt Paquin-Bénard. Celui-ci relate que le Canada fait annuellement bonne figure lors du cours. «Les sergents Gabriel Dugas et Jonathan Lacroix du 3 R22eR ont très bien fait en terminant respectivement premier et deuxième de leur cohorte, au Brésil, en 2016», affirme-t-il.

Moins de la moitié des candidats seront retenus cette année pour accéder au cours d’une durée de six à neuf semaines. Ce type de formation est offert dans plusieurs centres d’instruction : le Jungle Warfare Instructor Course au Brunei, la formation du Centre d’entraînement en forêt tropicale en Guyane française et celui au Centro de Instrução de Guerra na Selva au Brésil.

Des militaires de partout dans le monde représenteront avec fierté leur pays dans le cadre de cette formation unique. Les candidats de la Base Valcartier sélectionnés bénéficieront de cinq semaines d’entraînement intensif préalable, supervisé par Quentin Martin, moniteur PSP et kinésiologue de formation. Celui-ci indique que le volume et l’intensité des entraînements seront progressivement augmentés au fil des jours. «Les candidats sont déjà très motivés, mais il ne faut rien laisser au hasard. On se concentre donc sur leurs lacunes», précise M. Martin, qui en est déjà à sa troisième année aux commandes du camp. «Ce sera très difficile parce qu’on les entraîne comme des athlètes», conclut l’entraîneur.

Le cours

La formation de guerre dans la jungle est de type «commando». Elle comporte trois phases distinctes. La première en est une d’aguerrissement, au cours de laquelle les candidats apprennent les manœuvres de survie de base, le combat corps à corps, la topographie et l’orientation. La deuxième phase leur enseigne diverses techniques utiles comme la construction d’un pont de cordes et la confection de plusieurs types de nœuds.

La phase finale en est une de tactique. Les candidats apprennent alors à mener avec efficience une section et un peloton en pleine jungle. Au cours de la formation, les candidats doivent réagir au tir efficace de l’ennemi, prendre en charge et extraire un blessé par la voie des airs et neutraliser des menaces se mouvant efficacement entre des dénivelés pouvant atteindre des sommets de 380 mètres.

«Ces cours ont trop longtemps été décrits comme quelque chose d’inatteignable. Les gens se sentent pleinement opérationnels à leur retour et ils intègrent des connaissances qui pourront leur servir dans le futur», conclut le Sgt Paquin-Bénard.

«Bienvenue» dans la jungle

Le sergent Philipe Paquin-Bénard dresse le portrait des défis que réserve la jungle. «Le climat est pesant et la végétation est très dense. Le sol est boueux et les arbres ont des mécanismes de défense comme des aiguilles et du poison. Il faut aussi se laver régulièrement pour éviter les infections», spécifie-t-il. «Les insectes sont partout. On ne peut pas par exemple s’asseoir par terre en raison des fourmis rouges. Tu te feras littéralement ʺboufferʺ par les bibittes si tu t’asseois sur le sol», ajoute le militaire.

«Il n’y a pas d’accès au GPS, aux radios et les cartes sont souvent imprécises», poursuit-il. «C’est aussi pratiquement impossible de se rendre du point A au point B sans devoir traverser une rivière. Il faut aussi guetter les menaces animales comme le serpent Fer de lance et les jaguars.»

«Quand tu travailles en milieu équatorial, c’est avec les équipements de base comme la bonne vieille C7 ou la C8 avec mire sèche. Il faut étudier les marées pour emprunter certains passages nautiques au bon moment. Les extractions par hélicoptère exigent de faire dynamiter des arbres et d’user d’une tronçonneuse pour dégager un périmètre d’approche», explique l’instructeur du 3 R22eR. Les militaires canadiens dans la jungle sont munis en permanence d’une machette pour se frayer un chemin au travers de la végétation luxuriante. Ils portent également un sac à dos de 23 kg dont le contenu est hermétiquement scellé grâce à des contenants de plastique hydrofuges.

L’importance de se doter d’une «capacité jungle»

Au cours des années 1999-2000, un contingent de 250 soldats du 3R22eR a participé à une mission de paix de six mois au Timor oriental, un pays d’Asie du Sud-Est. Bien que la mission fut un succès sur le plan politique, le rapport post-déploiement fit état de différents problèmes ayant nui à l’efficacité opérationnelle.

Les problèmes rencontrés étaient liés à une connaissance limitée de la jungle et à de l’équipement inadapté à ce milieu hostile. L’Armée de terre se devait d’entreprendre des démarches pour se réapproprier les connaissances nécessaires.

En raison du tempo élevé des opérations qui suivit, ce n’est qu’en 2008 que le 3 R22eR put finalement consacrer les efforts requis au développement de la «capacité jungle». À cette époque, un groupe de 30 fantassins provenant du peloton de reconnaissance effectua un échange avec le Gurkha Rifle, au Brunei, sur l’Ile de Bornéo. Malgré le niveau d’aguerrissement et de compétence très élevé du groupe, le manque d’expertise au niveau individuel fit obstacle au succès de l’entraînement. La participation individuelle à des formations spécialisées en jungle était donc primordiale avant d’entreprendre des formations au niveau collectif.

C’est ainsi qu’à partir de l’automne 2011, des membres du 3 R22eR furent déployés pour recevoir de l’instruction en guerre de jungle en partenariat avec les alliés du Canada. Le but était de créer un bassin d’instructeurs au sein du bataillon pour éventuellement développer une capacité au niveau collectif.

En 2014, l’expertise acquise permit de développer la structure nécessaire pour répondre au mandat de jungle désormais attribué à la compagnie B de l’unité. Afin de soutenir les entraînements de guerre en jungle, une cellule permanente d’instruction et de planification fut créée au sein de la compagnie B. À ce jour, celle-ci continue de progresser vers son mandat de capacité jungle de niveau de compagnie et est en bonne voie de devenir une référence nationale en la matière.

Lorsqu’il s’agit de bâtir une capacité au niveau de l’infanterie légère, l’intégration d’éléments de soutien est primordiale pour habiliter les troupes. C’est dans cette optique que des experts en reconnaissance, des tireurs d’élite et des membres de la 5e Ambulance de campagne participent aussi aux entraînements et formations.

L’objectif ultime est de doter les Forces armées canadiennes d’une force capable de s’insérer et d’opérer en zone tropicale et équatoriale sur une période prolongée et d’éliminer la menace, peu importe où elle se trouve.

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