Léo Major, le «Rambo» québécois

Agrandir l'image Le héros canadien Léo Major.

Par Philippe Brassard, journal Adsum

Si le soldat Léo Major avait été américain, Hollywood aurait porté sa glorieuse histoire au grand écran depuis longtemps. Surnommé le «Rambo» québécois, Léo Major est un héros canadien méconnu de la Deuxième Guerre mondiale et de la Guerre de Corée, dont les faits d’armes sont tout simplement ahurissants.

Né en 1921 au sein d’une famille québécoise, Léo Major grandit dans un quartier dur de Montréal. En 1940, à seulement 19 ans, il s’enrôle dans l’Armée canadienne et rejoint le Royal 22e Régiment (R22eR), pour ensuite recevoir son entraînement militaire sur la Base Valcartier.

En 1941, alors que la Deuxième Guerre mondiale fait rage en Europe, Léo Major rejoint le Régiment de la Chaudière, la première unité canadienne déployée outre-mer. Il passera les trois années suivantes en Écosse à s’entraîner au tir de précision, à la reconnaissance et aux opérations de commando.

Le 6 juin 1944, Jour J, Léo Major participe au débarquement de Normandie et contribue à la capture de Juno Beach avec ses frères d’armes du Régiment de la Chaudière. Quelques jours plus tard, il est blessé en opération par l’explosion d’une grenade au phosphore et perd l’usage d’un œil.

Quand son médecin lui annonce que «la guerre est terminée» pour lui, Léo Major refuse. «Désolé, mais j’ai une guerre à finir!», aurait-il répondu avant de retourner au front. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de la guerre, Léo Major portera un cache-œil lui donnant l’allure d’un pirate.

La capture

Le sdt Léo Major commence à forger sa célèbre réputation à l’automne 1944, pendant la bataille de l’Escaut, en Hollande.  À la demande de son supérieur, il part un soir à la recherche d’un groupe de soldats britanniques partis en patrouille.

Chaussé d’espadrilles plutôt que de bottes militaires pour se déplacer furtivement, Léo Major profite du couvert de la nuit pour s’infiltrer seul dans un village où il découvre une centaine de soldats allemands endormis.

Alors qu’en pareille situation, le soldat moyen aurait fait demi-tour, notre «Rambo» québécois y voit plutôt une opportunité de faire une grosse prise! Usant de ruse, Léo Major capture deux Allemands qui montaient la garde et parvient à localiser le commandant de la troupe, à qui il ordonne à la pointe de sa mitraillette : «Réveillez vos hommes, vous venez tous avec moi!»

Pris de surprise par ce Canadien aux airs de pirate, les Allemands collaborent, mais l’un d’eux est abattu en tentant de saisir son arme. Ce message suffit à convaincre les 100 prisonniers de se laisser escorter vers la sortie du village.

Ce faisant, Léo Major et son groupe sont toutefois repérés par des soldats des SS et deviennent la cible de tirs ennemis qui éliminent plusieurs prisonniers. Léo Major réussit tout de même cette nuit-là à livrer 93 soldats allemands à son régiment, rien de moins!

Pour cet exploit, le sdt Major aurait pu recevoir la Médaille de conduite distinguée, deuxième plus haute distinction après la Croix de Victoria. Mais il l’a refusée par principe, jugeant celui qui devait la lui remettre, le général britannique Montgomery, comme «militairement incompétent».

Le libérateur

Ce fait d’armes à lui seul mériterait un film à gros budget. En avril 1945, Léo Major et les troupes canadiennes arrivent près de Zwolle, en Hollande, une ville de 50 000 habitants sous occupation allemande.

Alors qu’une attaque pour libérer la ville se prépare, Léo se porte volontaire pour une mission de reconnaissance nocturne avec son fidèle compagnon d’armes, le caporal Willie Arsenault du Lac Saint-Jean.

Bien que leur tâche consistait à collecter des renseignements, les deux hommes auraient décidé de libérer la ville par eux-mêmes. Cependant, au cours de l’opération, le cpl Arsenault est repéré et abattu par une mitrailleuse allemande. Furieux, Léo Major aurait répliqué en tuant plusieurs des assaillants, faisant fuir les autres. Puis, il aurait ramassé la mitraillette et le sac de grenades de son frère d’armes et entrepris de libérer la ville en solo.

Sa stratégie : persuader un officier allemand que la ville est encerclée, courir dans les rues et tirer avec ses mitraillettes sur les patrouilles ennemies pour les pousser à fuir et faire exploser des grenades aux quatre coins de la ville pour feindre une attaque canadienne d’envergure.

À un moment, Léo serait même tombé nez à nez avec un groupe de huit membres des SS dans leur quartier général. Un violent combat aurait éclaté et Léo, qui voyait très bien dans la noirceur malgré son œil unique, aurait tué quatre d’entre eux.

À l’aube, la garnison allemande, estimée à plusieurs centaines d’hommes, s’était volatilisée. Seul, en une nuit, Léo Major a libéré la ville de Zwolle.

Pour cet exploit, il a accepté de recevoir la Médaille de conduite distinguée. Encore aujourd’hui, les habitants le considèrent comme un héros légendaire. Une avenue importante de la ville a été renommée en son honneur : «Léo Major, premier libérateur canadien de Zwolle».

Guerre de Corée

Après la Seconde Guerre mondiale, Léo Major quitte l’Armée pour s’enrôler à nouveau en 1951, pendant la Guerre de Corée, cette fois comme caporal au sein du R22eR.

Durant son déploiement, celui dont la réputation de guerrier n’était plus à faire reçoit carte blanche pour mener une mission très périlleuse sur la colline 355.

En pleine nuit, le cpl Major parvient, avec un peloton de 18 hommes qu’il avait lui-même entraînés, à reprendre la colline qui venait d’être évacuée par des milliers d’Américains. Sous son leadership, le peloton aurait ensuite repoussé sept attaques des troupes chinoises en trois jours, entre autres grâce à une utilisation efficace des mortiers. Un autre fait d’armes qui lui a valu une Médaille de conduite distinguée.

Armée d’un seul homme

Au bout du compte, Léo Major est l’un des trois soldats du Commonwealth et le seul Canadien à avoir reçu deux fois la Médaille du service distingué, et le seul à l’avoir reçu dans deux guerres différentes. Il est aussi le seul soldat connu dans le monde à avoir libéré une ville en solo.

Léo Major est décédé le 12 octobre 2008 à Longueuil, à l’âge de 87 ans. Quelques années avant sa mort, le héros déclarait en entrevue : «J’ai combattu à la guerre avec un seul œil, et je me suis débrouillé plutôt bien.» << Retour à la page d'accueil